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Asheo, un artiste introspectif

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A l’occasion de la sortie de son projet « Cosmos« , ce 13 novembre, nous nous sommes entretenu avec Asheo. Avec lui, nous avons notamment discuté de son parcours, de ses sources d’inspirations, de son évolution et de la crise actuelle.

Salut Asheo, merci de répondre à mon invitation. D’emblée, voici ma première question: pourquoi Asheo ?

Très simplement, je voulais un blaze qui ait un rapport avec mon prénom (Théo), parce que je parle énormément de moi dans ma musique et je voulais vraiment que ça fasse partie de moi. Du coup, Asheo c’est simplement quand on épelle Théo, ça fait T – H – É – O.

Si je te reçois c’est parce que ton projet « Cosmos » dans son ensemble est disponible. Tout d’abord est-ce qu’il s’agit d’un projet sur lequel on doit porter un regard plutôt philosophique ou plutôt ordinaire ?

C’est une bonne question ! En gros, moi, tout au long du projet Cosmos, quelle que soit la partie, j’ai clairement eu un regard sur ma vie, sur mes choix, tout ce qui se raccroche à moi et qui va me permettre d’avancer dans la vie. Donc ça a une connotation philosophique quelque part. Moi, quand j’ai écrit le projet, je n’ai pas pensé à faire quelque chose de philosophique mais ma manière d’aborder la vie en générale est assez philosophique. J’essaye toujours de comprendre, de voir l’impact que peuvent avoir les choses sur moi et mon entourage et du coup ça a totalement une connotation philosophique et ça se ressent.

Je t’ai posé cette question parce qu’en préparant cet échange j’avais ma propre définition du cosmos. Je suis quand même allé chercher la définition exacte et il n’y en avait pas une mais deux. La première : « L’Univers considéré comme un système bien ordonné. » et la deuxième : « Espace extraterrestre. ». Et je trouve qu’il s’agit de deux définitions qu’on peut relier à ton projet.

Moi, ma définition de cosmos je l’ai reliée à ce côté univers infini, impalpable et inconnu surtout. Et j’ai rallié ça à la connaissance de moi-même comme la connaissance qu’on a de l’univers qui est en fait très faible. On fait beaucoup de suppositions sur les choses mais on n’en connaît que très peu. J’ai pensé l’album comme un voyage et dans ce voyage, dans mon cosmos, à l’intérieur de moi, chaque jour je découvre de nouvelles choses et ce voyage est infini. Il n’y a pas de frontières à ce voyage, il n’y a pas de barrières et je suis chaque jour dans la découverte c’est pour ça que j’ai voulu le relier au cosmos, parce que c’est quelque chose d’inconnu et d’infini.

Ça va confirmer ce que tu viens de dire mais j’ai trouvé que dans ce projet tu nous embarques vraiment dans un univers qui est le tiens. Comment as-tu réussi à trouver ta voie, ton identité musicale et ton univers visuel ?

On y travaille en tout cas ! C’est sûr que par rapport à tout ce que j’ai fait avant j’ai clairement pris une direction et je me suis un peu plus posé dans un univers. Après, de là à l’avoir trouvé totalement… Peut-être pas. En tout cas chacun de mes projets, et celui-là en particulier, c’est une marche de plus dans la découverte de moi-même donc je pense que je ne trouverais jamais totalement mon univers et ce sera une quête perpétuelle.

Musicalement, je pense que j’ai trouvé quelque chose dans lequel je me sens bien et même si sur l’album il y a des univers musicaux assez large, puisque c’est un premier album et que je voulais montrer une palette large de ce que je sais faire, je pense que j’ai quand même trouvé une direction artistique qui est plus marquée que les projets précédents.

Tu proposes des textes assez élaborés. En dehors de ton imagination, quelle est ta principale source d’inspiration ?

Ça peut paraître basique mais ma plus grande source d’inspiration c’est ma vie, tout ce que je vis, tout ce qui me touche, tout ce que je vois, mon entourage, mes émotions et ce qui peut m’en détacher, comment j’essaie de m’y raccrocher parce que j’estime que c’est plus important que le matériel dont on se raccroche trop. Au sens large, c’est de ça dont je parle. Il y a un morceau dans lequel je parle du voyage, mais du voyage physique, car c’est quelque chose qui m’a touché et qui m’a permis d’évoluer aussi. Il y a un morceau où je parle de l’impact que peut avoir l’enfermement dans les réseaux sociaux, par exemple. L’album est assez introspectif, mes inspirations viennent vraiment de ma vie.

Je trouve que tu incarnes vraiment l’artiste émergent. Tu as plus de 100 concerts à ton actif, notamment des premières parties d’artistes accomplis si je puis dire, tels que IAM, Bigflo & Oli, Alkapote, etc. C’est une « ascension » qui semble assez difficile pour certains artistes indépendants. Tu as également une campagne de financement participatif qui a réussie, ce qui n’est pas facile. Comment en es-tu arrivé là ? Hormis la passion, qu’est ce qui t’a permis de ne pas baisser les bras ?

Comment j’en suis arrivé là ? Alors, mon premier concert, je l’ai fait en 2014. À la base, je faisais beaucoup de freestyles dans la rue et mon premier concert s’est fait parce que j’ai croisé un programmateur d’un petit bar qui passait un soir pendant qu’on était en train de freestyler avec des potes. Il a kiffé, il est resté avec nous et une semaine après il m’a rappelé pour me proposer un concert. C’était une première partie d’un rappeur US, il y avait quand même deux-cents personnes dans la salle. Ce concert-là m’a permis de faire une vingtaine de concerts dans la même année parce qu’il y a des gens qui m’ont vu et qui m’ont rappelé. À la base, c’est vraiment parti de ça. Et de ces concerts-là, à Clermont-Ferrand, c’est de là que je viens et tout le monde se connaît un petit peu, les programmateurs ont commencé à parler de nous et on s’est fait rappeler. Les premiers concerts sont partis de là, c’était avec des groupes que j’avais. Un premier groupe qui s’appelait La Coloc et un deuxième groupe, L’Épicerie.

Avec ces groupes-là, on a décidé d’organiser des concerts et des open mics dans une salle qui s’appelle le Raymond Bar, à Clermont-Ferrand, qui peut accueillir jusqu’à deux cent cinquante personnes et à peu près tous les deux mois, on organisait quelque chose ce qui permettait à la culture hip-hop de la région de se développer et ça nous permettait également de nous faire voir par tous les programmateurs du coin. De fil en aiguille, dès qu’il y avait des premières parties dans La Coopérative de Mai qui est la plus grosse salle de la ville, et qu’il y avait des grosses têtes rap qui venait, ils pensaient directement à nous parce qu’on était les plus investis dans la culture hip-hop de la ville. C’est comme ça qu’on a fait la première partie de Bigflo & Oli en 2016, c’était notre première grosse première partie, puis ça s’est enchaîné. Quand ils ont vu qu’on avait assuré sur une première partie, ils nous ont rappelés sur d’autres. En même temps, on développait le projet parce qu’on avait sorti un album en 2016.

Ensuite, quand je me suis lancé en solo en 2018, pareil, les gens ont vu que le projet était sérieux et ils nous ont rappelés pour faire des premières parties. La première partie d’IAM, c’était juste avant le premier confinement en mars, devant 1500 personnes, c’était incroyable ! Ça fait le lien avec mes motivations. De voir que des gens me font confiance pour des premières parties, de rencontrer IAM, un groupe que j’ai écouté toute ma jeunesse, c’est un truc qui motive de ouf ! En parallèle, ce qui me motive à fond, c’est que l’équipe autour de moi s’agrandit de plus en plus. Il y a des gens qui me font confiance, qui font confiance au projet et qui ont envie de le développer de plus en plus professionnellement, on est près d’une dizaine à développer le projet. Il y a mon DJ, Paatch, qui est tous les jours avec moi, il y a mon frère, Mathis, qui est au saxophone, il y a Matthieu Ribeiro qui gère la partie imagerie du projet, il y a Anthony qui gère toute la partie management. On a signé avec un booker il y a moins d’un an, qui s’appelle Flower Coast. On a également signé avec un distributeur digital qui s’appelle Ditto. Tout ça, ça me donne chaque jour un peu plus confiance au projet.

Pour rebondir sur ton équipe, il y a une personne qui m’a marquée, c’est ton frère qui joue du saxophone. Est-ce que c’est pour toi un moyen de te démarquer de ce qui se fait actuellement ? Parce que c’est rare de voir un rappeur accompagné d’un saxophoniste qui plus est son frère.

A la base, on l’a pas fait pour se démarquer. On l’a fait parce qu’on avait tout simplement envie de faire de la musique ensemble. Ça a commencé comme ça. C’était à l’époque du groupe L’Épicerie. Il l’avait rejoint par envie de faire de la musique puis on s’est rendu compte par la suite que bien-sur ça créait quelque chose d’original, ce qui était intéressant c’est que, lors de festival grand public où il y avait à peu près tous les styles de musique, des gens qui n’écoutaient pas de rap, n’aimaient pas le rap, nous disaient « à la base on ne voulait pas écouter puis on a vu qu’il y avait un saxophone donc on s’est arrêté du coup on aime bien ! ». C’est stylé parce que ça ouvre une porte aux gens qui n’aiment pas et qui apprennent à aimer le rap et à se rendre compte que le rap ce n’est pas que les clichés que l’on peut entendre. C’est vachement cool pour ça. Ça crée quelque chose qui se démarque clairement, surtout pour la partie live parce que ça apporte quelque chose de fou d’avoir un instrument sur scène. A la base ce n’était pas pour se démarquer, ça l’est devenu mais on kiffe toujours faire de la musique ensemble et c’est quand même ça le principal. C’est ce qui fait que le rendu soit cool.

Passons sur une question d’actualité, concernant la culture qui est impactée par les mesures actuelles. Quel est ton point de vue concernant la relance des activités compte tenu de la crise actuelle ? Es-tu optimiste ? Que dirais-tu à un artiste qui vient de se lancer et doit faire face à ça ?

C’est difficile d’être optimiste même si on essaye de le rester. Nous, on a plus de vingt concerts qui ont sauté depuis le mois de mars. Ça nous impacte directement parce qu’on est en démarche pour devenir intermittent du spectacle, on a pas pu le devenir donc financièrement c’est délicat. On a un concert à la Coopérative de Mai qui a été reprogrammé pour février. On espère qu’à partir de février ça va repartir même si forcément ce sera différent parce qu’on aura des concerts assis, avec des masques, ce ne sera pas pareil surtout avec le style de musique qu’on fait. Après il faut rester optimiste. Nous, on continue de travailler dans l’ombre pour qu’au moment où on pourra refaire des concerts on puisse être prêts à pouvoir faire un maximum de concerts. Ça met beaucoup de monde en galère, moi j’ai des potes ingé-son, techniciens lumières ou artistes pour qui c’est hyper compliqué. C’est dommage qu’il y ait une différenciation entre les milieux et qu’on considère qu’il y a certains milieux où le virus peut se répandre et d’autres non. Je n’ai pas à juger ça mais je serai plus d’avis à dire soit on ferme tout soit on ferme rien.

Pour un artiste qui vient de se lancer je lui dirai de garder espoir et de travailler pour être présent le jour ou la culture et les concerts pourront redémarrer mais c’est sûr que financièrement c’est compliqué pour tout le monde.

Asheo, merci à toi pour cet agréable échange. Je te laisse le mot de la fin 🙂

Mon album complet qui réunit Cosmos Partie I et II, plus quatre titres inédits est sorti le 13 novembre, accompagné du clip « Poussière d’étoile » donc n’hésitez pas à checker ça, à vous abonner et m’envoyer vos retours par messages, ce que vous avez kiffé et ce que vous avez moins kiffé. Je serai hyper content de répondre à vos messages et de recevoir vos avis.

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