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Dispy Munz, une personnalité polyvalente !

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À l’occasion de la sortie de son 1er EP intitulé « Period : Intro », disponible depuis ce jour, nous nous sommes entretenu avec Dipsy Munz, un artiste polyvalent au parcours spontané et intéressant !

Avec lui, nous avons parlé de ses débuts dans la musique, des multiples casquettes qu’il porte, de ses influences musicales et bien plus encore !

Salut Dipsy Munz. Ravis de te recevoir sur Indietrack. Aujourd’hui on te reçoit car ton projet « Period : Intro » sors ce 08 Juillet 2020 mais également parce que tu as un parcours très intéressant sur lequel on aimerait revenir. Est ce que tu pourrais te présenter, nous dire qui tu es et brièvement revenir sur ton parcours ?

Je suis un producteur de l’ouest Angevin, d’Angers. Je suis originaire du Cameroun et j’ai commencé la musique il y a maintenant 5 ans. Quand j’ai commencé la musique je n’avais pas encore de bases solides, je ne savais pas comment on monte un projet musical, je ne connaissais rien mais j’avais quand même ce « son africain » qui faisait que j’ai toujours baigné dans la musique. Et, il y a 5 ans, c’est par la rencontre d’un ami qui était déjà compositeur que j’ai découvert la chose. Cet ami là est monté sur Paris parce qu’il voyait à cette époque là, ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais on voyait Paris comme la ville où tout se faisait musicalement et culturellement.

Mon pote allait sur Paris et je l’ai suivi. Sur Paris j’ai commencé en observant, je me suis intéressé à ce qu’on appel le beatmaking1, donc composer de la musique, et au fur et à mesure je me suis pris au jeu jusqu’au moment ou ça m’a vraiment, vraiment, vraiment, vraiment intéressé et à ce moment là avec mon pote on a décidé de lancer un collectif de beatmakers. Très rapidement, on est passé de 2 à 4, c’était un très bon collectif. On a commencé sur internet, à publier des prods, et de fil en aiguille on s’est fait repérer par le label manager de Bomaye Musik. On a intégré la structure, on a travaillé avec Sam’s sur des projets de mixtape, on a travaillé avec Ayna sur son tout premier projet, si je me rappelle bien c’était son premier EP qui a suivi sa signature sur le label Bomaye et avec ça on « rentrait dans l’industrie » parce qu’on est passé de faire de la musique chez nous à accompagner des artistes en studio, à travailler sur des projets divers que ce soit avec Sam’s en mode pur hip-hop ou Ayna qui était plutôt pop/rnb.

Suite à ça, avec l’expérience qu’on a pris, je sentais me lancer en solo sur un projet mais je ne me voyais pas sur Paris donc j’ai décidé de revenir sur Angers. En revenant sur Angers j’avais toujours ce projet de lancer une structure mais je ne savais pas quoi. J’ai rencontré des artistes qui se lançaient (parce que la scène était en train de se lancer) et j’ai rencontré mon premier artiste. C’est à ce moment qu’est venu le déclic, je me suis dit « Ok, j’ai eu cette expérience de travailler avec un label aujourd’hui je peux lancer mon propre label » et c’est comme ça que Cool, Calm, Collect a vu le jour il y a 3 ans.

C’est très récemment que je me suis pris à écrire. En côtoyant des artistes vocaux, je me suis pris dans le jeu à travailler les prods avec eux, je me mettais à chanter, à rapper à côté d’eux, du coup je me suis pris dans le truc et j’ai fini par écrire mon 1er single qui était en anglais. J’ai vraiment aimé le rendu, ça m’a moi-même surpris parce que je ne m’y attendais pas. Comme le fait de commencer en tant que beatmaker, je ne m’attendais pas à ça, à un truc qui me plaisait et qui plaisait aux autres. En rappant, je me suis senti à l’aise et de fil en aiguille je me retrouve aujourd’hui avec pleins de projets.

© LINH PVSAM

En te découvrant et maintenant en t’écoutant on remarque qu’une caractéristique marquante de ta personnalité ressort. C’est ta polyvalence. Est-ce que c’est quelque chose que tu as cultivé au fil de ta carrière ou c’est quelque chose de plutôt naturel chez toi et que tu as depuis toujours ?

C’est une bonne question parce que la première chose qui me vient pour y répondre c’est que je suis le grand frère d’une petite fratrie donc j’ai toujours ce truc de « manager » mes frères. Je l’ai fait depuis petit donc c’est un truc que personnellement j’ai toujours cultivé. J’ai grandi au Cameroun avec mes frères, ça fait que j’ai toujours eu ce rôle de manager, ce rôle de gestion « de personnes » et c’est un truc que je retrouve dans la musique et aujourd’hui dans mon label. Aujourd’hui je drive des artistes, des projets mais je suis aussi en train de gérer mon projet. J’ai toujours eu une vision d’ensemble et cette vision d’ensemble j’essaye de la travailler, de l’optimiser au mieux parce qu’en revenant sur le monde de la musique il y a tellement d’opportunités, tellement de critères à prendre en compte dans le développement artistique (la production, la pub, les collaborations, le financement,…) il y a beaucoup de choses à faire. En lançant mon projet, forcément j’étais seul, ça m’a été bénéfique et ça m’a permis d’être multifonction, de m’adapter, de visualiser un objectif et d’essayer de tout mettre en relation pour y arriver. C’est un truc qui me colle à la peau et je suis vraiment à l’aise avec ça, c’est un truc qui me caractérise vraiment. Je suis à l’aise dans la gestion multi-piste et aujourd’hui cette caractéristique me booste encore par rapport à ce que je vais faire et ça me permet de mieux entrevoir ma carrière, ou du moins ce que je veux faire dans la musique tout en ayant un regard sur l‘évolution de mes artistes et l’évolution de mon label.

Pour revenir à ton parcours, tu débutes la musique sur Paris avec le collectif «Milleniom Nation » qui réunit alors des jeunes compositeurs émergents. Avec du recul, comment perçois-tu tes débuts ? Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que ce collectif a été un tremplin pour toi ?

Oui, clairement ! Avant ce collectif je ne connaissais rien dans la musique. Mis à part le fait « de l’avoir dans le sang » je ne savais pas comment composer de la musique, je ne connaissais vraiment rien de l’industrie. Pour moi, ça a clairement été un tremplin à tous les niveaux. Sur le plan humain, avec ce collectif là j’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens que je n’aurais certainement jamais rencontré, j’ai acquis des skills2 que je n’aurais jamais pu acquérir si j’étais resté seul ou si je n’avais pas rencontré cette personne là. C’est vraiment par ce collectif que tout à commencé au final. Ça nous a donné l’opportunité de faire écouter notre travail très vite, très tôt, à des personnes qui étaient déjà dans l’industrie et cette validation nous a conforté dans le sens où on faisait un truc qui était intéressant et c’est au travers de ça que personnellement je me suis dit « Ok, aujourd’hui je suis à Paris, j’ai des artistes qui s’intéressent à ce que je fais », là ça m’a confirmé qu’effectivement j’étais dans le bon chemin. Donc oui, clairement ! Milleniom Nation c’était un super tremplin.

Lorsqu’on te sollicite ou que tes compos séduisent des acteurs influents de l’industrie et des labels tels que Bomaye Musik, quel est ton ressenti ?

Mon ressenti à ce moment là c’est un mélange d’excitation et d’incompréhension. Excitation parce que ce sont des personnes qu’on avait l’habitude d’entendre à la radio ou à la télé via des clips qui te disent que tu fais du bon travail, qui te sollicitent. C’est vraiment une excitation de fou parce qu’à ce moment là j’étais un peu plus jeune qu’eux et se faire valider par ses aînés c’est vraiment un truc incroyable !

L’incompréhension, justement c’est aussi par rapport à ça, se dire pourquoi ces grands qui pourraient bien travailler avec n’importe qui d’autres ou des personnes qui ont déjà une stabilité dans l’industrie ou qui étaient déjà présentes donc pourquoi nous en fait. C’était vraiment ça cette incompréhension « c’est un peu bizarre, pourquoi nous ». A chaque fois, c’était un mélange de tout ça, de se retrouver au milieu de personnes inspirées et inspirantes et de se dire je suis trop content mais pendant 10 secondes se dire « comment je suis arrivé là », le mélange des deux m’a permis de booster mon travail. Par cette excitation, de me dire que si ils voient un truc en moi je dois donner le meilleur de moi. L’incompréhension m’a permis de redescendre sur terre et de ne pas me faire aveugler par ce qui se passait, de garder la tête sur terre et de penser à ce que moi je voulais faire en dehors du collectif ou « travailler pour ces personnes ». Ça m’a permis de garder les pieds sur Terre et de réfléchir à un truc qui me correspondrait vraiment.

© LINH PVSAM

Si mes notes sont bonnes, tu sors « Smooth Area », ton premier single, en 2017. Dans quel état d’esprit es-tu lorsque tu le conçois et que tu le proposes au public ?

« Smooth Area », à la base je ne voulais pas le sortir, je ne voulais pas du tout le sortir. Je l’ai composé, je l’ai enregistré avec des amis beatmakers qui m’ont aidé à enregistrer, à faire un mix dessus. J’ai travaillé avec tous mes potes « musicos ». Du coup, vu que c’est le premier track que je fais, je n’étais pas vraiment prêt à me mettre en avant en tant qu’artiste. J’étais hyper content de ce track car c’était la première fois que je le faisait et c’est fou parce qu’avec ce track là j’ai eu exactement le même ressenti dont on parlait précédemment, ce sentiment d’excitation et d’incompréhension en mode « waouh, j’arrive à faire ça aujourd’hui » et d’un côté « p*tain, qu’est ce que je fais maintenant ». C’est arrivé à un moment ou j’étais en train de lancer un label sur Angers, j’avais pleins de choses dans la tête et ce morceau là je ne l’avais pas préparé, c’est venu comme ça, en deux mois il était prêt et une fois qu’il était prêt j’étais en mode réflexion en me disant « ok, il y a ce morceau là donc je suis capable de faire ça mais à côté il y a le label que je dois développer » et j’avais d’autres artistes à lancer donc il y avait vraiment une émulsion qui a fait que je n’ai même pas vraiment communiqué sur ce son parce que c’est deux mois après qu’il ait été fait que mes potes me poussaient à le sortir. Moi, avec la petite vision que j’avais de la musique, je me suis dis que ça servait à rien de sortir un truc pour le sortir, il fallait avoir une idée, n’importe quoi, mais un truc derrière, il fallait réfléchir à quelque chose. Sortir un truc pour le sortir ce n’est pas vraiment une bonne idée. Donc personnellement je ne voulais pas le sortir mais avec les retours de mon entourage j’ai décidé de le sortir et au final j’ai pas fait plus de promo que ça dessus parce que j’étais encore de ce truc de « ouais il est cool mais qu’est ce que je fais après ». Il s’est ensuite passé beaucoup de temps jusqu’à « Minimum ».

Dipsy Munz – Smooth Area

En 2019 tu reviens avec « minimum ». J’aimerais qu’on s’intéresse à ce single là. Il y a un 1er point qui m’a interpelé, c’est le fait que tu sois un artiste francophone qui chante en anglais. Pourquoi ce choix ? Est-ce que cela est lié à tes influences qui sont en grande majorité anglophones ?

Oui, ça c’est sûr ! J’ai grandi avec une hyper influence kainry3, j’ai grandi avec MTV, etc. Donc j’ai une grosse influence kainry mais aussi française. Je pense que mon influence première, ce qui fait que je rappe en anglais, est due à mes origines parce que je suis camerounais et le Cameroun est un pays bilingue, il y a l’anglais et le français. J’ai passé la moitié de ma vie au Cameroun et j’ai toujours vécu avec des gens qui parlaient l’anglais et le français. Au départ, quand j’étais plus jeune, c’était l’anglais. Même si j’ai grandi avec des gens bilingue, j’avais du mal à parler l’anglais. Heureusement que la daronne m’a bashée dessus en disant « il faut que tu le parles ». Vu que c’était une langue officielle au Cameroun il fallait que je sois à l’aise avec, je l’apprenais sans vraiment en prendre compte mais ça me permettait de ne pas être largué avec ce qui se faisait aux États-Unis parce que je suis hyper fan de JayZ, et actuellement Kendrick. Je m’intéresse aussi, un peu plus aujourd’hui, au rap francophone mais vraiment mon influence c’est le rap américain et aussi l’anglais parce qu’en ayant grandi au Cameroun il y a aussi cette influence nigériane qui m’a bercée, les Naijas c’est une musique qui aujourd’hui me parle beaucoup. Tout ça c’est une grosse influence pour moi.

Revenons sur « Minimum », quel est le message que tu véhicules à travers ce morceau ?

« Minimum » c’est la suite logique de « Smooth Area » dans le sens où dans ma vision artistique je me suis toujours donné comme point de départ, que ce soit personnellement ou via mon label avec les artistes que je produis, d’avoir une vision assez large culturellement et proposer un truc qui ait de la consistance. Du coup, avec « Minimum », j’étais dans l’optique de faire un track avec un flow que moi j’estime être le minimum dans la vibes4, dans le sens ou en tant qu’artiste, un son comme minimum je pourrais le faire tout le temps au niveau de la musique. Mais tout change car dans les paroles j’ai voulu être très pointu. J’ai voulu faire un truc qui fasse danser les gens et qui soit assez cru.

Pour résumer le truc, dans « Minimum » je parle du fait que dans le monde dans lequel on vit beaucoup meurent pour le minimum. Beaucoup meurent pour l’eau, qui est minimum pour moi. Pour la nourriture, par rapport au racisme en général. Il y a des gens qui continuent de mourir pour ce que moi je conçois comme minimum. L’accès à l’eau, pour moi, devrait être un minimum. L’accès aux droits, pour moi, ça devrait être le minimum. Mais aujourd’hui, beaucoup de gens, jour après jour, minute après minute, meurent par rapport à ça et ça ne choque pas. Par contre, ça choque quand il y a soit une personne qui connue qui décède ou qui se fait englober par ce minimum là. J’y fais référence dans le titre en disant que les gens deviennent sérieux quand ça pète, comme là avec George Floyd, là les gens sont vraiment devenus sérieux parce qu’il y avait une vidéo, c’était hardcore, alors que si on regarde bien nombreux sont morts de la même façon et si on regarde les gens continuent de mourir de la même façon. « Minimum » c’est vraiment pour mettre en avant cette hypocrisie, ou cet état de fait, parce qu’au final ce n’est plus de l’hypocrisie puisse qu’on le dit chaque jour. Si on se pose la question individuellement on dira qu’on est contre ça mais au final on ne réagit pas vraiment tant qu’il n’y a rien qui pète. C’est ça « Minimum », toute la musique est basée sur cette relation entre ce qu’on vit, ce qu’on recherche et ce minimum qui nous échappe (qui nous échappera toujours) dans le sens où pour beaucoup de personnes avoir de l’eau serait le minimum et ça changerait tout. C’est comme ça que je voyais le truc et j’ai décidé de le mettre en musique et de jouer sur ce côté hyper cool, hyper dansant mais avec un fond qui fait réfléchir si on veut aller chercher dans le fond.

Dipsy Munz – Minimum

En 2019 tu sors également « Sick ». Est-ce que c’est un titre qu’on retrouvera dans ton EP qui sort ce 08 Juillet ?

Exactement ! Ces deux singles là on les retrouvera dans le projet. « Sick » est dans la mouvance de « Minimum », c’est un banger5, mais un banger comme je le vois et quand tu vas chercher tu comprends qu’il y a un truc mais sans être rabâchant.

Ton EP sera composé de quatre titres. Aujourd’hui deux sont déjà disponibles. De ce fait il comporte peu d’inédits. Dans ta vision des choses, comment le public devrait-il réceptionner ce projet ? Plutôt comme un avant goût ou comme un indice sur les couleurs musicales du projet à venir, prévu pour novembre ?

Ah yes ! La façon dont je le vois pour l’instant c’est vraiment un avant goût. Un avant goût du projet qui arrive parce que ce projet là c’est un projet de mixtape que j’envisage en volumes et le volume 1 est prévu aux alentours de novembre donc là c’est vraiment un avant goût sur mon univers. Sur cette intro il y a un son d’un artiste que je produis aussi, DKG. C’est vraiment l’occasion d’avoir un aperçu global de mon univers en tant qu’artiste solo mais aussi producteur et de donner un avant goût rapide et global car sur cet EP, même s’il est très court, et je l’envisageais comme ça parce qu’aujourd’hui la musique se consomme tellement vite que je voulais une intro qui ressemble vraiment à une intro, dans ce sens là c’est donner un avant goût de ma musique, de mon univers vraiment global. De mes qualités d’artistes couplées à mes qualités de compositeur et mes qualités de producteurs. C’est vraiment donner un aperçu global de toutes mes qualités.

Dipsy Munz – Period: Intro

On sait que tu es d’origine camerounaise. Aujourd’hui la musique afro-urbaine est assez populaire. Est-ce que certains aspects de la musique locale camerounaise parviennent à t’inspirer ? Est-ce qu’on doit s’attendre à retrouver quelques sonorités africaines dans tes prochains projets ?

Oui, clairement ! Clairement, c’est mon rêve de beaucoup plus rentrer dans la musique la plus traditionnelle africaine parce qu’au final ce qu’on connaît de la musique africaine c’est de la musique afro mixée. Là c’est un peu plus rythmé. La musique afro nigériane et afro européenne ne se ressemblent pas, ce n’est pas la même musique. Forcément, l’afro-nigériane est encore plus dans les traditions que l’afro comme on la connaît par exemple avec MHD ou autre. C’est vrai que c’est difficile d’aller chercher ces bases là car le public n’est pas forcément préparé à ça. Quand on regarde ce qui marche aujourd’hui, ce sont les grosses musiques comme la trap et les musiques afros qui reviennent de plus en plus. Mon rêve c’est vraiment de m’inspirer de toutes ces cultures africaines car je suis un grand fan de la musique congolaise, j’ai grandi avec Papa Wemba, Fally Ipupa, avec tant d’autres ! On a un vivier intéressant. Je suis un fan de la musique originaire de la Côte d’Ivoire, on a vraiment des rythmes multiples et vraiment intéressants mais pour ça il faut vraiment un travail de fond avec d’autres artistes et c’est en train de se faire. La je suis en contact avec des artistes camerounais et congolais aussi et ce mélange de culture, ce mélange de style c’est un truc qui me parle complètement ! Après je me mets aussi des barrières, je m’interdis de me dire « il faut que je fasse ça » afin de ne pas me brider et me fermer des portes. Aujourd’hui je prends les influences que j’ai et j’essaye de préparer mon auditoire ou mes projets pour apporter de la diversité dans ce que je fais. En tout cas c’est comme ça que je le sens. Il va falloir à un moment donné qu’on ressente encore plus cette identité. Aujourd’hui on a un peu de mal, on me dit beaucoup en écoutant « Minimum» qu’on ne miserait pas un kopeck de dire que c’est un mec originaire du Cameroun qui a fait ça.

Comme évoqué au début de notre échange, tu es une personnalité assez polyvalente. Tu as aujourd’hui ton propre label et tu produis plusieurs artistes, notamment issus du rap. Ton label a pris position face aux injustices quotidiennes que nombreux subissent. Le label américain Republic Records a décidé de ne plus user de l’appellation « musique urbaine », par exemple, et invite d’autres labels à faire de même. Est-ce un choix, une décision que partage ton label et toi-même en tant qu’artiste ?

Sur le papier je dirais non dans le sens où les mots sont les mots pour moi. On a décidé que sa s’appelait musique urbaine mais je ne vois rien de péjoratif dans ce sens là parce qu’au final quand on réfléchi aux bases du hip-hop, le hip-hop est un style de musique qui donne la parole aux gens de la rue et du coup les gens de la rue ce n’est pas péjoratif dans le sens où c’est dans la rue que « tout se décide », quand les gens manifestent ils vont dans la rue, c’est dans la rue qu’il y a de la vie et pour moi qui suis originaire du Cameroun, j’ai toujours grandi dans la rue et ce n’est pas péjoratif dans le sens ou c’est dehors que tout se passe. On rencontre des gens, on parle, mes grands parents je les voyais débattre sous un arbre avec d’autres personnes, il y avait de la musique, il y avait de l’échange. Pour moi le terme « urbain » n’est pas péjoratif. Ce qui est péjoratif c’est les contrats que ces grosses maisons de disques signent avec les artistes noirs et qui exploitent les noirs depuis des décennies en fait. Pour moi, c’est là le plus important. Ce n’est pas juste changer le nom. Ce n’est pas en changeant le nom qu’on change tout. Changer le nom ce n’est pas ce qui va révolutionner la cause ou va changer les modes de pensées. Si on veut vraiment changer les choses, et c’est ce que moi j’applique aujourd’hui par mon label, les contrats que je propose aux artistes sont des contrats que moi j’estime être bénéfique pour l’artiste et pour moi et c’est comme ça que moi je vois mon business avec tous ceux avec qui je travaille dans le sens ou « si je gagne, tu gagnes » donc on travaille ensemble parce qu’on sait qu’on a tous les deux à gagner et avec cette réflexion là il n’y a plus de réflexion malsaine et chacun y trouve son compte, chacun se développe à son maximum.

Quel est ton mot de la fin et éventuellement le message que tu peux adresser à Indietrack ?

Si j’avais un mot de fin ce serait de dire que juste dans cette année 2020 il s’est passé des choses incroyables avec le covid, avec les droits physiques qui reviennent sur le tableau, avec la politique, il y a eu vraiment de tout et là on essaye de recréer quelque chose d’intéressant que ce soit au niveau de la culture, au niveau social, au niveau business et c’est intéressant d’avoir des personnes talentueuses, je parle de moi, je parle de toi, je parle de plein d’autres gens et c’est intéressant de donner la parole à ceux qui veulent la prendre et c’est intéressant de booster les artistes locaux, c’est important !

Mon mot pour le média c’est que de l’amour, j’espère que c’est un début, qu’on aura l’occasion de faire plein de choses ensemble. En tout cas je suis très honoré d’avoir pu échanger avec vous, d’avoir eu vos retours sur le projet et je suis motivé comme jamais pour les prochains projets !


Écouter « Period : Intro » :


1: Un beatmaker est un « faiseur de sons », un « producer » en anglais, qui compose des rythmes (des « beats » dans le domaine du hip-hop).

2: Compétences, habileté, aptitude, savoir-faire, connaissances,…

3: Américain, de l’Amérique

4: Ambiance, atmosphère

5: Il s’agit d’un gros gros tube, au rythme assez rapide, aux beats qui pèsent, qui te fait irrésistiblement secouer la tête en rythme. Le propos est généralement saillant, avec des grosses punchlines bien envoyées, vouées à se transformer en hymnes.

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